On a essayé de nous faire croire – Saison 2
Je l’ai écrit dans mon édito de la semaine dernière, on essaie de nous faire croire beaucoup de choses.
En y réfléchissant, et en échangeant avec certains de mes lecteurs, je m’aperçois que le mal est bien plus profond et qu’il touche tous les secteurs.
Ainsi, on a essayé de nous faire croire qu’en limitant artificiellement le nombre de médecins formés, nous maîtriserions mieux les dépenses de santé. Ce fut le numerus clausus. Pendant des années, la logique technocratique a prévalu : réduire le nombre de médecins devait mécaniquement entraîner une baisse des dépenses. Peut-être pensait-on qu’en formant moins de médecins, nous aurions moins de malades…
Nous voyons aujourd’hui le résultat : des délais d’attente interminables, des urgences saturées, voire l’apparition de déserts médicaux dans des endroits impensables jusqu’alors.
On a aussi essayé de nous faire croire qu’en renonçant progressivement au nucléaire, la France disposerait malgré tout d’une énergie abondante et compétitive. Là encore, le réel a fini par reprendre ses droits : explosion des prix de l’énergie et dépendances accrues à l’étranger.
On a essayé de nous faire croire que la climatisation c’était mal. À grand renfort d’idéologie, infiltrée dans les plus hautes sphères de l’État, on a convaincu les Français qu’il fallait souffrir pendant les canicules, cuire dans les Ephad et les écoles, affaiblir l’efficacité des salariés dans des bâtiments en surchauffe… Et maintenant, la climatisation (sans nuance, ne prenons surtout pas le temps d’expliquer les vertus des pompes à chaleur réversibles par exemple) est devenue un marqueur politique. Être pour c’est être de droite ou d’extrême droite. Nous devrions nous satisfaire d’observer des personnes en grande souffrance et un pays au ralenti à chaque pic de chaleur, parce que quelques « élites » l’ont décidé ?
On a aussi essayé de nous faire croire qu’un pays pouvait durablement s’enrichir en vivant à crédit, sans entreprendre les réformes structurelles pourtant nécessaires.
Or les chiffres deviennent vertigineux. Une part considérable de notre dette finance les dépenses courantes d’aujourd’hui. Comme l’a récemment rappelé Nicolas Dufourcq lors de sa keynote à la convention du Medef, à Lille, près de 60 % de la dette française finance des prestations sociales courantes. Nous faisons progressivement financer notre consommation présente par nos enfants et nos petits-enfants. Là encore, le réel finit par reprendre ses droits avec l’explosion de la charge de la dette et la disparition des investissements pourtant indispensables dans la recherche, l’innovation ou la réindustrialisation.
Et dans le logement, c’est exactement la même logique.
Dans certaines communes touristiques, on essaie aujourd’hui de nous faire croire qu’il suffirait de limiter drastiquement les locations de type Airbnb pour résoudre les difficultés de logement des salariés locaux. Pire, sur ces mêmes communes, les maires ont cessé de délivrer des permis de construire.
Là encore, le raisonnement est profondément simpliste.
Car ce que l’on oublie de dire, c’est que ces locations touristiques créent de l’activité économique et des emplois. Vouloir préserver ces emplois en supprimant ce qui leur permet d’exister est pour le moins étonnant. Au contraire, plutôt qu’interdire, il aurait fallu construire plus pour permettre à tous de se loger décemment.
Toutes ces mesures s’expliquent à l’aune du mal français qui ronge notre société : les décideurs politiques (nationaux ou locaux) privilégient le court terme au long terme. Un effet d’annonce vaut mieux qu’un travail sérieux et documenté.
Le problème est là.
Mais le réel finit toujours par reprendre ses droits, et les débats qui s’annoncent, dans le cadre de l’élection présidentielle, permettront, peut-être, de remettre l’église au centre du village.
Vivement ( ?) la saison 3