On essaye de nous faire croire
Depuis des décennies, on essaie de nous faire croire beaucoup de choses.
On a essayé de nous faire croire, d’abord, que l’impôt sur les grandes fortunes (créé en 1981 avant de devenir l’ISF puis l’IFI) allait réduire la pauvreté et restaurer en France une justice sociale prétendument disparue. Quarante-cinq ans plus tard, la pauvreté est toujours là. Certains de nos dirigeants, les plus avisés, ont fini par reconnaître, discrètement, que taxer le patrimoine n’était peut-être pas la meilleure manière d’encourager l’investissement et la création de richesse. Malheureusement, ce constat est arrivé trop tard et la désindustrialisation a atteint des niveaux dramatiques.
On a ensuite essayé de nous faire croire qu’en travaillant moins, nous allions collectivement créer plus d’emplois. Les 35 heures, instaurées à la fin des années 1990, devaient être la grande avancée sociale et sociétale du XXe siècle. Vingt-cinq ans plus tard, notre pays souffre toujours plus d’un déficit de compétitivité (le coût du travail étant trop élevé) et le rapport au travail est devenu profondément ambigu.
Très récemment, on a expliqué aux Français, qui l’ont cru, qu’il suffisait d’instaurer une taxe sur les plus riches (taxe Zucman) pour réduire le déficit de la France et éviter ainsi de faire des économies par ailleurs.
Depuis quelques années, on nous explique qu’il suffirait de remettre des logements vacants sur le marché pour résoudre la crise du logement.
Là encore, le raisonnement est séduisant… mais faux.
En effet, les logements vacants se situent majoritairement dans la diagonale du vide, là où la demande est faible voire inexistante. Ce n’est pas parce que l’on construira moins dans les grandes métropoles que l’on remplira miraculeusement des logements dans des territoires où les habitants, les emplois et les services ont disparu depuis longtemps.
La réalité est d’ailleurs connue. La taxe sur les logements vacants a été renforcée, son périmètre élargi, ses taux augmentés. Les recettes fiscales ont explosé, passant de 80 millions d’euros en 2014 à 271 millions en 2023. Et pourtant, le stock de logements vacants a continué d’augmenter.
Même logique avec l’encadrement des loyers. On essaie de nous faire croire que plafonner les loyers résoudra la crise. Mais là encore, on refuse de regarder le problème en face.
Si les loyers augmentent, c’est parce que la demande est supérieure à l’offre. Bloquer les loyers ne crée pas un seul logement supplémentaire. Cela ne fait que renforcer la pénurie.
Derrière tous ces exemples se cache un seul et unique mal : nos décideurs politiques raisonnent de plus en plus à partir de représentations mentales et de moins en moins à partir du réel.
C’est pourquoi ils s’imaginent qu’en taxant les riches, on fait disparaître les pauvres ; en travaillant moins, on crée plus d’emplois ; en encadrant les loyers, on résout la crise du logement ; en mobilisant les logements vacants, il n’y a plus besoin de construire de nouveaux logements.
Mais ces schémas sont faux.
Il n’est pas encore trop tard pour redresser la France, mais pour cela, le réel doit reprendre ses droits.
Pascal Boulanger, président de la FPI