Nationale

Signaux faibles

Un escalier en moins, des logements en plus

Dans un article intitulé « Cracking The Code », publié le 6 février 2025 dans le magazine américain Slate, le journaliste Henry Grabar s’intéressait à des initiatives locales en matière de réglementation du bâtiment : certaines villes, comme New York et Seattle, envisagent d’autoriser la construction d’immeubles de quatre à six étages avec un seul escalier, au lieu des deux exigés par les règles en vigueur.

Cette évolution concerne une disposition ancienne, conçue pour garantir une évacuation rapide des occupants en cas d’incendie. Les retours d’expérience montrent que la sécurité des habitants n’en a pas été altérée. Les dispositifs actuels - extincteurs automatiques, cloisons et portes coupe-feu, systèmes de désenfumage - assurent un niveau de protection jugé satisfaisant par les services compétents.

Aux États-Unis, les règles de construction ne sont pas fixées à l’échelle fédérale. Chaque État, et parfois chaque grande ville, définit son propre cadre à partir du International Building Code (IBC), un modèle élaboré par l’International Code Council (ICC). La plupart des juridictions imposent encore deux escaliers dès le quatrième étage. Celles qui ont choisi d’assouplir cette exigence prévoient, en contrepartie, des dispositifs de sécurité renforcés : sprinklers automatiques, cloisons et portes résistantes au feu, ou systèmes d’extraction de la fumée.

Selon un rapport publié en février 2025 par la fondation Pew Charitable Trusts et le Center for Building in North America, qui a analysé plus de dix ans d’incendies à New York, l’absence d’un second escalier n’a eu aucun effet négatif sur la sécurité. Les taux de mortalité observés dans les immeubles concernés sont comparables à ceux des bâtiments traditionnels¹. Au-delà de la sécurité, cet assouplissement de la réglemention vise aussi à faciliter la construction d’immeubles de moyenne hauteur, aujourd’hui rares dans les grandes métropoles américaines. En supprimant le second escalier, les architectes libèrent de la surface sur les circulations et les paliers, qu’ils peuvent réaffecter aux logements. À emprise bâtie égale, un même immeuble peut ainsi accueillir davantage d’appartements, tout en respectant les exigences de sécurité en vigueur.

Ces bâtiments de moyenne hauteur - intermédiaires entre la maison et la tour - ont longtemps structuré les quartiers urbains aux États-Unis avant de disparaître sous l’effet du zonage et de l’empilement des contraintes techniques. Plusieurs centres de recherche, dont le Harvard Joint Center for Housing Studies et le Terner Center for Housing Innovation, UC Berkeley, rappellent leur intérêt : densifier sans excès, rapprocher les logements des services et maintenir une échelle urbaine humaine².

Vue de France, cette initiative offre un éclairage utile : elle montre qu’une approche par les objectifs - qu’ils soient techniques, environnementaux ou énergétiques - peut parfois se révéler plus efficace qu’une accumulation de prescriptions. En laissant place à l’ingéniosité et à la proportionnalité des solutions, la réglementation peut devenir un levier en faveur de la construction, sans renoncer aux exigences fondamentales de sécurité et de qualité.

¹ Small Single-Stairway Apartment Buildings Have Strong Safety Record, The Pew Charitable Trusts / Center for Building in North America, février 2025. Étude portant sur plus de dix ans d’incendies à New York (2012-2024).

² Surveying Missing Middle Housing: Trends in the United States, Harvard Joint Center for Housing Studies, 2024.