Nationale

Editorial du Président

Par le petit bout de la lorgnette

Où va notre pays ?

Jusqu’à présent, nous avons tous, collectivement, tenu bon. Mais aujourd’hui, j’ai le sentiment que tout vacille. L’hôpital est en surchauffe, le niveau scolaire n’a jamais été aussi bas, la justice patine, les logements manquent, la dette publique est devenue incontrôlable.

Et pourtant, pendant ce temps, le débat public semble de plus en plus souvent se perdre dans des polémiques politiciennes futiles, qui occupent l’espace médiatique sans apporter la moindre solution.

L’accessoire prend le pas sur l’essentiel.

Premier exemple récent : la climatisation.

Sujet technique de prime abord, nos responsables politiques ont réussi à le transformer en débat idéologique de bas étage.

La climatisation serait-elle de droite ou de gauche ?

Cette manière de poser le débat est absurde.

La chaleur n’est ni de droite ni de gauche. Un logement devenu invivable l’été n’est pas politique. C’est un problème concret, qui appelle des solutions concrètes.

Ventilation, protections solaires, végétalisation, isolation, réseaux de froid, pompes à chaleur réversibles, climatisation lorsque c’est nécessaire : il ne s’agit pas d’opposer les solutions, mais de construire des réponses opérationnelles. En d’autres termes, de traiter enfin le problème.

Plutôt que de s’atteler au fond du sujet, nos élus préfèrent trop souvent désigner des coupables.

Deuxième exemple : la date de l’élection présidentielle.

Là encore, un sujet institutionnel sérieux devient une polémique politicienne. Chacun soupçonne l’autre de calculs et d’arrière-pensées. La droite y voit notamment une date favorable à la gauche. Et l’on passe plusieurs jours à commenter un calendrier.

Pendant ce temps, les vrais sujets restent devant nous, alors qu’ils devraient absorber toute notre énergie.

Pourquoi ?

Peut-être parce que nos responsables politiques ont de moins en moins de prise sur le réel. Depuis la dissolution, l’absence de majorité claire rend les grandes décisions nécessitant une vision prospective et programmatique plus difficiles, voire impossibles.

Et c’est précisément ce qui manque aujourd’hui : la décision. Une décision claire, assumée, durable. Celle qui fixe un cap et hiérarchise les priorités. Gouverner, c’est prévoir. Plus que jamais !

Pendant que nous polémiquons, le temps passe. Et ce temps perdu, nous ne le rattraperons pas.

Pendant ce temps, la Chine exporte et les États-Unis innovent.

Il est temps de remettre les priorités dans le bon ordre.

L’essentiel d’abord.

L’accessoire ensuite.

C’est le seul moyen de rompre le cercle vicieux actuel : plus les élus se coupent du réel, plus les citoyens désertent les urnes ; et plus les urnes se vident, plus la politique s’enferre dans des polémiques politiciennes.

Pascal Boulanger, président de la FPI