Nationale

Editorial du Président

Il se passe quelque chose

À moins de quinze jours des élections municipales, je constate que l’état d’esprit n’est plus celui de 2020.

Il y a six ans, l’expression « maires bâtisseurs, maires battus » faisait florès. Le logement n’étant pas suffisamment écologique (émetteur de gaz à effet de serre, artificialisant, etc.). Il fallait freiner drastiquement la construction et privilégier la réhabilitation ou la mobilisation des logements vacants. Conforter l’entre-soi plébiscité par les habitants bien logés était le gage de victoires électorales.

Dire que l’on stopperait les permis délivrés par son prédécesseur pouvait même devenir un argument de campagne. Certains l’affichaient en grand format sur leurs panneaux électoraux.

Depuis, la crise du logement s’est aggravée. L’insuffisance d’offre, notamment en logements collectifs neufs, entraîne des conséquences sociales majeures. Des salariés renoncent à un emploi faute de pouvoir se loger à proximité de son lieu de travail. Des étudiants renoncent à leurs études. Des jeunes ménages renoncent à fonder une famille. Notre société est devenue une société qui renonce, non par choix, mais par obligation.

Aujourd’hui, pourtant, il se passe quelque chose.

Je n’entends plus de candidats afficher fièrement leur intention de ne pas construire. Au contraire. Les discours évoluent. Certains commencent même à reprendre la formule d’Olivier Salleron, le président de la FFB : « maire sans grues, maires battus ». Des travaux récents montrent d’ailleurs qu’un maire bâtisseur n’est pas nécessairement un maire sanctionné dans les urnes.

Les élus locaux semblent également avoir intégré une réalité désormais incontestable : produire du logement, et en particulier du logement collectif neuf, constitue un acte écologique en raison de ses hautes performances environnementales. La densification raisonnée permet de refaire la ville sur la ville. Les études que nous avons conduites montrent que, selon les années, 80 à 90 % des opérations en logements collectifs sont réalisées sur des sols déjà artificialisés. Construire mieux, plus sobrement, là où les infrastructures existent déjà, c’est précisément répondre aux objectifs environnementaux.

En 2020, refuser des permis de construire pouvait rapporter des voix. En 2026, compte tenu des difficultés immenses que rencontrent nos concitoyens pour se loger, il devient difficile pour un maire d’assumer qu’il ne construira pas. Les besoins sont trop visibles et les tensions qui en découlent sont trop fortes.

Je souhaite dire à tous les futurs maires qui pensent comme nous que l’acte de construire est nécessaire, utile et noble, qu’ils sont les bienvenus, à nos côtés, dans l’équipe de France du logement, pour reprendre l’expression du ministre du Logement, Vincent Jeanbrun. Nous avons besoin de ce collectif pour résoudre cette crise qui dure maintenant depuis bien trop longtemps. 

Le logement occupe désormais une place centrale dans le débat politique. Il est un déterminant majeur de la cohésion sociale et de l’attractivité économique de notre pays.

Dès le 23 mars, nous devrons tous retrousser nos manches. L’État devra créer les conditions générales de ce sursaut en simplifiant toujours plus, les collectivités en délivrant plus de permis de construire, et nous, promoteurs, en produisant toujours mieux.

Pascal Boulanger, président de la FPI