Au Québec, le coût sanitaire du mal-logement mis au jour
Une étude publiée en décembre 2025 établit que les logements de mauvaise qualité, trop petits ou trop coûteux ont un effet mesurable sur la santé de leurs occupants et génèrent des dépenses significatives pour le système de santé. Au Québec, la crise du logement n’est pas seulement une affaire de loyers, de taux d’effort ou de files d’attente. Elle se lit aussi dans les cabinets médicaux et dans les budgets hospitaliers.
C’est ce que montre une étude de l’Observatoire québécois des inégalités consacrée aux effets sanitaires des logements dits « inadéquats » et aux dépenses publiques qu’ils entraînent.
Son autrice, Ferdaous Roussafi, économiste, docteure en sciences économiques, s’est concentrée sur trois dimensions : la qualité du logement, la taille du logement et son coût. La première renvoie aux dégradations visibles - humidité, moisissures, infestations, mauvaise isolation, mauvaise qualité de l’air intérieur. La deuxième désigne un logement dont la superficie ne correspond pas à la composition du ménage. La troisième intervient lorsque le logement mobilise plus de 30 % du revenu. Ces trois dimensions sont étudiées séparément, puis rapprochées de données de santé recueillies en 2023.
L’étude met en évidence des écarts significatifs entre les personnes vivant dans un logement adéquat et celles exposées à un logement inadéquat. Les logements de mauvaise qualité sont associés à une fréquence plus élevée de troubles respiratoires, d’asthme, d’allergies et d’affections cardio-respiratoires. Par rapport à un logement adéquat, ces conditions augmentent de 107 % la probabilité de se déclarer en mauvaise santé générale. La taille insuffisante, définie comme un logement dont la superficie ne correspond pas à la composition du ménage, est associée à une probabilité accrue de 12 % de se déclarer en mauvaise santé générale.
Lorsque le logement dépasse 30 % du revenu, les dépenses d’alimentation et certains postes essentiels sont réduits, ce qui augmente de 52 % le risque de vivre une situation d’insécurité alimentaire. Dans ce cas, la probabilité de se déclarer en mauvaise santé générale augmente de 37 %.
Sur la santé mentale, l’étude observe une fréquence plus élevée de troubles anxieux et dépressifs dans les logements de mauvaise qualité. Elle relève également un lien entre le logement trop coûteux et la santé mentale via ce qu’elle nomme un « stress résidentiel », c’est-à-dire la tension liée à la difficulté à se loger dans des conditions adaptées et abordables. Dans ce cas, la mauvaise qualité du logement augmente de 64 % la probabilité de se déclarer en mauvaise santé mentale. Cette dimension explique 14 % des cas de mauvaise santé mentale observés dans la population québécoise.
L’étude documente également la perte de qualité de vie associée au mal-logement. En 2023, les personnes se déclarant en mauvaise santé générale connaissent une perte moyenne de 91 jours de vie en bonne santé. Sur ces 91 jours, 27 - soit près de 30 % - sont attribuables aux conditions de logement. Le logement n’est donc pas seulement un lieu d’habitation : il a des effets mesurables sur la santé.
Cette dégradation de la santé et de la qualité de vie n’est pas sans incidence sur les finances publiques. Elle se traduit par des dépenses prises en charge par le système de santé québécois. Les logements inadéquats génèrent des consultations médicales et psychosociales, des prescriptions, des passages à l’hôpital et des soins spécialisés.
Pour les seules consultations en cabinet en 2023, l’étude estime que les conditions de logement représentent 27,4 millions de dollars canadiens (environ 17,8 millions d’euros) pour la santé générale et 10 millions de dollars canadiens (environ 6,5 millions d’euros) pour la santé mentale. En élargissant le périmètre à l’ensemble des dépenses de santé - hospitalisations, soins spécialisés, services psychosociaux et charges connexes - le coût imputable au logement inadéquat atteint environ 2 milliards de dollars canadiens en 2023, soit environ 1,3 milliard d’euros au taux de conversion moyen de 2025 (1 CAD ≈ 0,65 €).
L’étude démontre qu’un manque de logements adaptés ne produit pas seulement une dégradation de la santé, mais génère des consultations, des admissions et des dépenses prises en charge par le système de santé québécois, et dont le coût est mesuré.
Ce changement d’échelle permet de saisir la crise du logement comme un phénomène transversal, qui excède largement le seul marché immobilier.
Pour aller plus loin
Ferdaous ROUSSAFI, Les coûts en santé du manque de logements adéquats. La facture collective de la crise du logement au Québec, Observatoire québécois des inégalités, décembre 2025, 86 p.