Nationale

Editorial de la Présidente

Smart city vs green city : le faux débat

Un sondage d’IPSOS réalisé pour le Monde en décembre dernier posait la question du modèle de ville souhaité par les français. Des quatre modèles proposés, la ville « connectée et technologique » n’était citée en premier que par 7 % des sondés, contre 47 % à la ville « nature ». Dans la campagne des élections municipales, on comprend pourquoi le développement durable devient si structurant …

Pour autant, à y regarder de près, l’opposition entre smart city et green city est artificielle, pour ne pas dire stérile. Car pour avoir une ville verte, que nous faut-il ? Pas seulement une prise de conscience qui nous fera tous réclamer des composteurs ou pédaler davantage. Plus fondamentalement, pour pouvoir changer d’échelle et transformer en profondeur notre mode de vie, il nous faudra de la technologie, de l’innovation et de la science.

Quelques exemples : pour maîtriser la production et la consommation d’énergie à l’échelle locale, nous aurons besoin de réseaux intelligents ; pour électrifier la mobilité, nous aurons besoin de batteries de nouvelle génération ; pour améliorer la qualité de l’air intérieur (nous passons 80 % de notre temps dans des lieux clos !), nous aurons besoin de systèmes de ventilation aussi puissants que sobres en énergie etc.

Mais au-delà de la technologie, c’est un état d’esprit tourné vers l’innovation qu’il nous faut, et dans tous les domaines. Notre métier le montre bien : les promoteurs ont besoin de la recherche pour réduire l’impact carbone des matériaux, pour industrialiser des méthodes de recyclage, pour faire naître des techniques de dépollution des sols et mieux utiliser les friches urbaines, ou pour faire réellement participer la végétalisation de nos immeubles au rafraîchissement des villes.

L’innovation dont nous avons besoin fait au moins autant appel aux juristes qu’aux ingénieurs : pas d’obligation de travaux de rénovation sans transformation de la copropriété, pas de ville dense abordable sans nouvelle conception de la propriété (démembrement, habitat coopératif etc.) et, plus fondamentalement encore, probablement pas de maîtrise des coûts de production sans réexamen des schémas contractuels de la construction et de l’assurance …

Le paradoxe, finalement, c’est que la ville ne sera pas verte et durable sans les solutions de l’industrie – à commencer par l’industrie immobilière.  

Alexandra François-Cuxac

Présidente de la FPI France