Retrouvons le sens du résultat
L’intervention américaine au Venezuela et l’extraction de Nicolás Maduro vers les États-Unis remettent en cause bien des certitudes. Pensée en 1946 pour empêcher le retour des catastrophes de la première partie du XXᵉ siècle, l’ONU apparaît aujourd’hui en décalage croissant avec le durcissement des relations internationales et la réalité de sa capacité d’action.
Le secrétaire général s’est contenté, non pas directement mais par la voix de son porte-parole, d’évoquer un « dangereux précédent » et de rappeler l’exigence de respect de la Charte des Nations-Unies et du droit international. Mais au-delà de ces quelques mots, que se passe-t-il ? Très peu de choses. À peine, à l’heure où j’écris ces mots, l’annonce d’une réunion du Conseil de sécurité.
En l’espèce, que penser du rôle ou de l’utilité de l’ONU, lorsqu’un État, aussi puissant soit-il, s’autorise des actions contraires au droit international ?
Ce décalage, l’Histoire l’a déjà connu : la Société des Nations, née après 1919, portait la même promesse de droit et de concertation ; elle a fini dépassée par les événements, au point qu’il a fallu, après 1945, refonder entièrement le système international autour de l’ONU, censée être plus robuste.
Le problème, c’est qu’une organisation peut être pertinente à sa naissance, utile pendant un temps, puis s’enfermer dans ses procédures, et perdre progressivement sa capacité à produire des effets concrets.
Or, pendant que l’efficacité s’émousse, les coûts, eux, demeurent bien réels. Le budget des Nations-Unies se chiffre en milliards de dollars par an (autour de 3,2 à 3,7 Md$ selon les exercices). Et l’ONU, ce sont aussi des femmes et des hommes : le seul Secrétariat représente environ 35 000 postes.
Si j’évoque ce sujet, c’est que cette dynamique – une bonne idée au départ qui a une utilité réelle, puis des effets qui s’étiolent progressivement – n’est pas uniquement internationale. Nous la connaissons aussi, à notre échelle, dans les nombreuses instances, comités ou agences gouvernementales qui finissent par produire plus de réunions que de résultats, plus de normes que de solutions, plus de procédures que d’efficacité.
Certes, le droit est indispensable. Mais vient un moment où, une question simple doit être posée : une structure créée quelques années plus tôt produit-elle encore les effets escomptés ? Et, surtout, ses coûts – en argent public, en délais, en complexité – restent-ils proportionnés aux résultats attendus ?
C’est ici que l’idée d’une remise à zéro, d’une véritable refondation, prend tout son sens. Non pas réformer à la marge – ce qui revient souvent à ajouter une couche à l’empilement – mais assumer une méthode plus franche : supprimer, mesurer ce qui manque réellement, et seulement ensuite reconstruire, avec des règles claires, une gouvernance resserrée et des responsabilités nettement identifiées.
Il faut retrouver le sens du résultat.
Pascal Boulanger, président de la FPI