Nationale

Editorial du Président

Monsieur le ministre, expliquez-moi

J’ai lu avec attention l’interview donnée par Guillaume Kasbarian, ministre du Logement, à la Tribune Dimanche du 24 mars 2024.

Il y rappelle notamment sa volonté de créer un choc d’offre au service des classes moyennes en se fixant l’objectif de produire 75 000 logements locatifs intermédiaires (LLI) en 3 ans, soit 25 000 par an.

Cette ambition part du constat, partagé par l’ensemble des professionnels, que les « classes moyennes connaissent aujourd’hui une attente interminable pour se loger dans le secteur locatif libre ».

Cette situation s’est fortement dégradée ces deux dernières années en raison de la paralysie du parcours résidentiel, qui s’est encore aggravée avec la chute de la production des logements Pinel, destinés à la location intermédiaire.

Il existe en effet deux catégories de logements intermédiaires, qui sont soumis aux mêmes plafonds de loyers et de ressources pour les locataires : les LLI acquis par les investisseurs institutionnels et les logements Pinel achetés par les investisseurs particuliers. Ce sont ces derniers qui manquent cruellement aux classes moyennes. Sur les deux dernières années, leur production a chuté des deux tiers.

En 2025, il n’y aura plus de nouveaux logements Pinel mis sur le marché. Le gouvernement fait donc une croix sur la production d’environ 55 000 logements Pinel par an (niveau constaté sur ces 10 dernières années). Au lieu de 80 000 logements destinés aux classes moyennes (25 000 LLI et 55 000 Pinel), il se contentera des 25 000 logements intermédiaires « institutionnels ».

C’est regrettable. Pour lutter contre la crise du logement qui, peut-être plus qu’auparavant, touche aussi les classes moyennes, nous devons fluidifier les parcours résidentiels en proposant des logements locatifs sociaux, intermédiaires et libres.

Le Pinel coûterait trop cher à l’État ? Nous ne partageons pas cette approche défendue par Bercy, dès lors qu’un euro investi en Pinel en rapporte 1,67 à l’État.

Mais à défaut de convaincre le gouvernement, une autre solution existe : permettre aux investisseurs particuliers d’acquérir, dans les mêmes conditions que les investisseurs institutionnels, des LLI. Il s’agit ici de faire bénéficier aux particuliers des mêmes avantages que les institutionnels : TVA à 10% et crédit d’impôt équivalent au montant de la taxe foncière sur les propriétés bâties.

A ce stade, le gouvernement fait malheureusement le choix de privilégier les institutionnels au détriment des particuliers. Les ménages qui aimeraient acquérir un logement pour le louer ne sont manifestement pas dignes de bénéficier des mêmes avantages que les sociétés foncières ou les établissements financiers. Pourquoi une telle défiance envers ses propres concitoyens ?

Étendre le LLI aux investisseurs particuliers leur permettrait de disposer de revenus complémentaires pour leur retraite. 

Nous réenclencherions ainsi une spirale vertueuse : plus de logements pour les classes moyennes, des recettes de TVA perçues immédiatement, des emplois sauvés, des finances publiques (un peu) moins dégradées et des revenus complémentaires pour les propriétaires de ces logements.

Je ne comprends toujours pas pourquoi le gouvernement ne le comprend pas.

 

Pascal Boulanger, président de la FPI