Nationale

Editorial du Président

L’histoire est-elle écrite d’avance ?

Le constat est sans appel : notre pays vit sous la menace d’un déficit record. La Cour des comptes elle-même tire la sonnette d’alarme : les dépenses de l’État sont hors de contrôle. Loin d’être un simple signal d’alerte, c’est un ultimatum adressé à ceux qui, depuis trop longtemps, repoussent l’inévitable nécessité de réformer en profondeur.

Face à cette situation critique, des initiatives ont été prises. Le Premier ministre a récemment convoqué pas moins de 200 directeurs d’administration centrale pour leur annoncer que cette fois, les coups de rabot ne suffiront pas. Il faudra aller plus loin, questionner les missions essentielles et abandonner celles qui ne le sont pas.

Jusqu’ici, tout va bien. L’urgence est reconnue, la nécessité d’agir est posée.

Mais, et c’est là où l’histoire semble tristement écrite d’avance, à peine l’idée d’une réforme est-elle évoquée que les principaux intéressés (les directeurs d’agence de l’État par exemple) montent au créneau pour dénoncer une attaque injustifiée. Ils dénoncent une "remise en cause de leur indépendance", un "populisme ambiant" et une "menace pour les politiques publiques". Pourtant, aucune mesure concrète n’a encore été prise.

Le réflexe est toujours le même : crier au scandale dès que l’on ose remettre en question une organisation, une dotation, une mission. Pourtant, le sens de l’intérêt général voudrait que chacun prenne sa part et accepte que la lutte contre les déficits publics soit un impératif absolu. Il en va de la souveraineté économique de notre pays.

Nous n’avons plus le choix.

Pour emprunter une métaphore à l’univers cycliste, la France était, il y a quelques décennies, un excellent coureur. Nous nous sommes embourgeoisés, bien abrités du vent, au chaud, dans le peloton (l’Union européenne). Il était agréable de pédaler sans trop d’efforts, en roue libre.

Pendant ce temps, les « costauds » (Les États-Unis et la Chine, notamment) ont continué à appuyer fort sur les pédales et ont encore augmenté le rythme de la course. Et ce rythme est encore en train de s’accélérer.

Pire, d’autres pays qui étaient il y a encore peu en queue du peloton (Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Pologne) sont en train de nous dépasser parce qu’ils ont compris qu'il fallait pédaler.

Le moment est proche où nous allons poser le pied à terre et être « ramassés » par la voiture balai qui nous retirera notre dossard (agences de notation…).

Réveillons-nous, pédalons et acceptons d’avoir mal aux jambes !

Le constat est accablant : la France affiche un niveau de dépenses publiques sans précédent et une qualité des services publics qui se dégrade d’année en année. Un exemple parmi tant d’autres : dans le classement PISA 2022, la France se situe à la 22e place en mathématiques parmi les 38 pays de l'OCDE.

Dans ces conditions, faut-il se contenter d’un énième débat technocratique sur la réduction des coûts ? Non. Il faut aller plus loin, plus vite et plus fort.

Ce n’est pas en perpétuant un système à bout de souffle que nous relèverons les défis économiques et sociaux de notre pays. C’est en réformant réellement, en assumant les choix difficiles et en tranchant dans le vif que nous y parviendrons. Nous devons réduire la lourdeur administrative et, grâce à une simplification drastique, libérer l’acte de construire.

Sans cela, nous ne serons plus qualifiés pour les prochaines courses et cela se jouera sans nous.

Pascal Boulanger, président de la FPI