Le logement, c'est aussi de l'emploi
Les derniers chiffres du chômage publiés vendredi dernier par France Travail et la Dares confirment une réalité que la filière du logement connaît déjà : le chômage progresse sur l’ensemble de l’année 2025, et le mouvement s’est accéléré au dernier trimestre, avec une hausse de plus de 2 % du nombre de demandeurs d’emploi.
Pour le secteur du logement, ce n’est malheureusement pas une surprise. Voilà plus de trois ans que nous subissons une baisse vertigineuse de la production. Or un logement construit, ce sont deux emplois — non délocalisables — créés ou maintenus.
En effet, la promotion immobilière fait partie d’un écosystème complexe. Quand elle souffre, tous nos partenaires, à savoir les architectes, les bureaux d’études, les entreprises du bâtiment, les cuisinistes, les notaires, les déménageurs — et tant d’autres — voient leurs carnets de commande se vider. Nos propres effectifs en témoignent : en deux ans, la filière est passée de 33 000 emplois à 25 000, soit près de 25 % de baisse. Le chiffre est colossal.
Pourtant, pour chaque logement neuf produit, ce sont à la fois des recettes de TVA pour l’État et des emplois créés ou préservés.
J’ai alerté à de nombreuses reprises nos dirigeants, notamment par le biais de multiples éditos – notamment celui du 2 mai 2025 – sur la catastrophe qui se profilait et les pertes d’emploi que nous devions redouter. Nos partenaires de l’Alliance pour le logement et particulièrement le président de la Fédération française du bâtiment mais aussi les présidents du Medef ou encore d’Action Logement l’ont martelé également.
J’ai le sentiment que nous avons enfin été entendus. Roland Lescure l’a exprimé lors de la conférence de presse Relance Logement du 23 janvier dernier où il accompagnait le Premier ministre : « [la production de nouveaux logements] va produire de l'activité économique, de l'emploi […] et accessoirement de la fiscalité au passage. ».
C’est pourquoi il est de l’intérêt général d’agir pour relancer la production de logements. Le gouvernement a décidé de le faire en assumant le retour d’un levier que certains avaient entrepris de dénigrer : l’investissement locatif privé. Dans le marathon budgétaire, qui ne devrait plus tarder à s’achever, le statut du bailleur privé a été au cœur de toutes les attentions et de toutes les tractations. Qu’on l’approuve ou non, il s’agit d’un moteur indispensable : sans investisseurs particuliers, pas de lancements d’opérations, faute d’atteindre les seuils de pré-commercialisation attendus par les banques. Moins d’opérations, c’est moins de chantiers et, mécaniquement, moins d’emplois.
Ironie de l’histoire : les investisseurs particuliers, qu’un (pas si) ancien ministre du Logement a caricaturés en « parasites », sont en réalité des contributeurs décisifs à la vitalité de nos territoires. Bien plus que les investisseurs institutionnels, sur lesquels le gouvernement d’Elisabeth Borne avait centré sa stratégie — et que l’on attend toujours. Là aussi, je l’avais dit : le logement n’intéresse pas les investisseurs institutionnels. Le retour des investisseurs particuliers peut redonner de l’oxygène au pays — et de l’espoir à ceux qui cherchent un logement comme à ceux qui cherchent un emploi.
J’aimerais que nos détracteurs regardent la réalité en face et admettent une évidence : l’investissement locatif privé ne finance pas seulement du logement privé. Il contribue aussi très souvent à l’équilibre économique d’opérations mixtes où le logement social a toute sa place. Autrement dit, s’acharner contre le locatif privé, c’est fragiliser une partie de la production sociale. Sur ce point, il serait temps de faire preuve de cohérence — et, parfois, d’un peu d’humilité.
Le logement est un sujet national, économique, social et sociétal. C’est donc aussi un sujet de croissance, d’emploi et de natalité.
Pascal Boulanger, président de la FPI