Nationale

Editorial de la Présidente

La démographie, paramètre-clé de nos métiers

Les logements que nous construisons seront encore debout  (et certainement prêts à être recyclés) dans 50 ans. Il est donc nécessaire de fonder la politique du logement sur des tendances démographiques de fond, pour répondre aux besoins du futur.   

Or notre situation est atypique, comme le montrent deux exemples étrangers. On nous donne souvent l’Italie comme un exemple en matière de lutte contre l’artificialisation des sols, mais c’est surtout un pays qui traverse une grave crise démographique. Sans immigration, la population italienne baisserait de 16 millions d’ici 2050 ! De la même façon, on nous a souvent vanté par le passé la modération des prix et des loyers en Allemagne : certes, mais on oublie de rappeler qu’elle a perdu 200 000 habitants par an depuis 10 ans.

La situation française est un peu plus favorable, et c’est ce qui explique que nous soyons les champions d’Europe de la construction de logements, avec 400 à 450 000 mises en chantier chaque année. Certes, notre taux de natalité est passé sous le seuil des 2,1 enfants par femme, et le ministre de l’Education disait récemment que nos écoles perdent 50 000 élèves par an. Notre population vieillit : les plus de 75 ans sont 6 millions aujourd’hui, ils seront 10,6 millions en 2040. Mais elle va continuer d’augmenter, moins rapidement que par le passé : nous serons 72 millions en 2050, contre 67 millions aujourd’hui. Nous aurons donc toujours besoin de logements neufs, et ce d’autant plus que la taille des ménages diminue (2,21 personnes par ménage en 2015, 2 en 2050) sous le double effet des divorces (un ménage sur deux en Ile de France) et du vieillissement.

Cette situation dessine un avenir contrasté pour la promotion. Nous continuerons de construire des logements, mais en moins grand nombre qu’aujourd’hui ; ils seront conçus différemment, en particulier parce que les attentes des jeunes et les besoins des seniors inciteront à les doter d’espaces collaboratifs, partagés, plus communautaires ; et la géographie de ces logements sera certainement différente, sous l’effet d’un rééquilibrage entre les métropoles et leurs « hinterlands » vers lequel tout pousse aujourd’hui.

C’est un des axes de communication de la FPI que de défendre la nécessité de construire, pour des raisons démographiques, au moment où beaucoup poussent au contraire à la « congélation du territoire », pour des raisons liées au changement climatique et à la protection de la biodiversité. Mais construire encore, ce n’est pas nécessairement construire la même chose, ni au même endroit …

Alexandra François-Cuxac

Présidente de la FPI France