Nationale

Editorial de la Présidente

Prendre les français tels qu’ils sont ?

Pour reprendre un mot célèbre, Corneille dépeint les hommes tels qu’ils devraient être, et Racine tels qu’ils sont. La même alternative existe pour … la politique du logement ! Faut-il toujours aller dans le sens de ce que souhaitent les français, ou leur proposer une autre offre, pour changer leurs représentations, peser sur leurs attentes les inciter, à réfléchir dans un sens plus vert(ueux) ?

Ce débat a resurgi à propos du PTZ en zones détendues : on nous explique que les ménages voudraient plus de pavillonnaire que de collectif, plus de village que de métropole, plus d’espace que de densité etc. ce qui légitimerait l’aide. Inversement, dans les métropoles, les maires nous objectent souvent que les français rejetteraient la ville compacte, voudraient des logements plus spacieux et des parkings.

Il y aurait alors comme une forme de fatalité dans le fait de continuer l’étalement urbain et de peiner pour produire un niveau minimal de densité dans nos villes.

Certains acteurs politiques ne sont pas de cet avis, et dans la mouvance verte, on voit s’affirmer un volontarisme très fort, qui veut transformer les comportements – et, en réalité, transformer les hommes. A coups de « zéro artificialisation », de durcissement de la fiscalité de l’aménagement, de dédensification des métropoles pour forcer la relance des villes moyennes, émergerait un modèle plus frugal – ou pour dire les choses plus crûment, un modèle décroissant.

Je trouve qu’entre ces deux attitudes – le résigné et le démiurge – il y a de la place pour une politique équilibrée, fondée sur ce qu’attendent VRAIMENT les français, qui ne sont en moyenne ni des irresponsables, ni des collapsologues. Et la réalité de cette attente, c’est la diversité de notre offre qui peut la révéler : si je ne trouve pas sur le marché ce qui m’intéresse, je me rabats sur ce qu’on me propose, presque par défaut. La clé réside donc dans l’originalité, la diversité et la nouveauté de ce que nous pouvons proposer.

On pourrait faire du pavillonnaire plus dense et plus durable, plutôt que de congeler le territoire ; on pourrait faire une ville dense qui soit saine et agréable à vivre, sans forcément se donner le R+2 comme horizon ultime ; on pourrait proposer des besoins nouveaux à une partie des clients (par l’habitat coopératif, les espaces partagés, le démembrement de propriété, l’agriculture urbaine etc.) sans prétendre faire de ces niches un standard pour tous.

Il faut trouver le point d’équilibre entre la facilité qui consiste à faire ce qu’on a toujours fait et la tentation de décréter l’homme nouveau pour faire quelque chose de radicalement différent. Prendre les français pour ce qu’ils sont, c’est respecter leur intelligence et leur diversité, accompagner leur évolution voire la susciter par une offre de logements originale et stimulante.

 

Alexandra François-Cuxac

Présidente de la FPI France