Pays de la Loire

Urbanisme

A Nantes, Îlink a placé l'usager au centre du programme immobilier

A l’ouest de l’île de Nantes, un programme immobilier atypique vient de sortir de terre. Pendant six ans, toutes les personnes concernées, des professionnels aux habitants, ont été invitées à réfléchir à la conception de leur quartier. Ensemble, ils l’ont discuté, élaboré, modelé pour aboutir à un résultat qui pourrait bien préfigurer la ville de demain. Explications.

 « C’est une vraie aventure qui a commencé voici six ans, en 2012 », se souvient Yann Pigeard, Directeur de Territoire Grand Ouest de l’ensemblier urbain Quartus. A l’époque, avec Vinci Immobilier, Adim Ouest, filiale de Vinci Construction France dédiée au développement immobilier, le bailleur social Harmonie Habitat et l’agence conseil Scopic, ils remportent ensemble le concours lancé par l’aménageur de l’île de Nantes, la Samoa. Objectif : construire un « îlot pilote » au sein du quartier de la Prairie-au-Duc, ancien site industriel autrefois dédié à la construction navale, exceptionnel puisque placé à l’ouest de l’île, face à la Loire et mitoyen des nefs des Machines de Nantes.

Créer une association citoyenne

D’emblée, la ville de Nantes affiche clairement sa volonté d’édifier à cet endroit un programme innovant, qui doit préfigurer la ville de demain. Six ans après, alors que le quartier a été inauguré en novembre dernier, force est de reconnaître que le défi a été relevé. Et avec talent !

« Avec 22000 m2 de surface de plancher au total sur deux îlots séparés par un espace public, le principal intérêt de ce programme résidait dans sa très grande mixité, avec tout le spectre du parcours résidentiel, des logements en accession, conventionnés, à coût maitrisé mais également des bureaux sans oublier des commerces, aidés ou non », détaille Franck Bleuzen, Directeur ADIM Ouest. « Encore fallait-il animer cette grande mixité programmatique ! », reprend Yann Pigeard. C’est là qu’émerge une idée géniale, celle de créer une association citoyenne, ouverte à tous, nommée Îlink. « Dès 2012, les premiers échanges ont réuni des architectes et des urbanistes et puis les acquéreurs successifs et les usagers se sont joints au groupe », raconte Franck Bleuzen.

Intégrer une « maîtrise d’usage »

Entre 2012 et 2016, quelques 300 personnes, habitants et futurs utilisateurs, vont intervenir dans ces workshops très participatifs, créant une vraie communauté avant même que le programme ne sorte de terre.

« Nous n’avons fermé la porte à personne, toutes les envies ont pu s’exprimer et puis nous avons resserré pour dégager des grandes lignes, sur le mode du design thinking », ajoute Yann Pigeard. « Il y avait des gens qui ne connaissaient rien à notre métier et à nos contraintes, avec lesquels nous avons évolué dans notre façon de réfléchir, pour lesquels nous avons dû être pédagogues. En somme, nous avons intégré une maîtrise d’usage ».

Une démarche qui va non seulement permettre aux personnes de se projeter dans leur futur environnement mais également de l’influencer.

Une conciergerie de 260 m2

Ainsi, un des bâtiments sera abandonné, ce qui donnera lieu à un travail sur la densité du reste du programme immobilier, le tout au profit d’un jardin partagé. Une terrasse commune a également vu le jour au cinquième étage de cet immeuble ainsi qu’un belvédère au dernier étage de la tour de bureaux. Le trajet des piétons a été pris en compte, le premier parking privé d’Europe avec un système de foisonnement mis en place, pour les voitures des résidents la nuit et des actifs le jour. « Et soudain surgit l’idée de créer une conciergerie, qui va centraliser tout l’îlot et même s’étendre au-delà du micro-quartier », souligne le directeur Territoire de Quartus. D’une surface de 60 m2 au départ, elle va s’étendre sur 260 m2 et avoir plusieurs fonctions, à savoir animer la copropriété, créer des services, gérer les espaces partagés, proposer un espace de restauration, tout en veillant à sa viabilité financière. Pour réaliser un test grandeur nature, elle va ouvrir ses portes dès 2016 à 500 mètres de son implantation finale. Ainsi, toutes les activités en rez-de-chaussée ont pu être mises en place dès l’arrivée des usagers et en lien avec eux. Là réside tout l’intérêt d’avoir créé dès l’origine un dialogue et donc une vraie communauté.

Reste à savoir si cette expérience réussie peut être dupliquée ailleurs. La mairie de Nantes, elle, en est convaincue, au point de placer cette maîtrise d’usage au cœur de tous ses nouveaux dossiers. Pour les acteurs de l’opération, la réponse est évidemment positive.

D’ailleurs, plusieurs villes seraient déjà en train de s’inspirer de l’aventure Îlink…

La mixité au cœur du programme Îlink

Véritable lieu de vie, l’opération Îlink se distingue par sa grande mixité. Dans les usages, d’abord, puisqu’il s’agit à la fois d’un lieu de vie, d’un lieu de travail et d’un lieu de promenade. Sur le plan social ensuite, avec des propriétaires, des locataires et des travailleurs qui se connaissent. Sur le plan du programme en lui-même, surtout : îlink compte en effet 22 000 m2 avec 187 logements pour plus de 500 habitants, 6 000 m2 de bureaux pour près de 500 actifs. A cela s’ajoutent des espaces mutualisés (jardin partagé, espace de co-working et atelier multi-usages), 2 000 m2 d’activités et de commerces en rez-de-chaussée (crèche, théâtre jeune public, épicerie, restauration, bien être...), avec au centre de tout cela, sur 260 m2, une extraordinaire conciergerie de quartier.