Nationale

Editorial de la Présidente

La vérité des chiffres

La FPI a rendu public cette semaine les chiffres de son Observatoire du logement neuf. Ils sont sans appel : entre le T1 2019 et le T1 2020, les réservations baissent de 30 %, les mises en vente de 50%. Cette tendance est nationale, elle est d’ailleurs corroborée par les statistiques de l’Etat parues mercredi.


Que nous disent ces chiffres ? Principalement que la crise qui nous frappe n’a pas commencé avec le Covid, qui ne pèse que pour 15 jours dans les résultats, mais bien avant. Nous alertons depuis des mois sur les difficultés que nous rencontrons dans l’obtention des permis, sur l’indisponibilité des entreprises du BTP, sur la hausse des coûts de construction etc. Le résultat est là : l’offre commerciale s’est réduite à 91 000 logements, pour revenir à 9,3 mois de commercialisation. C’est donc fragilisée que la promotion est entrée dans le confinement.


Or la crise Covid a plus durement touché notre secteur que beaucoup d’autres, car outre l’arrêt des chantiers, nous avons subi la paralysie des services instructeurs et des études notariales, l’absence des concessionnaires, le ralentissement de l’activité des banques, l’interdiction des déménagements etc. Tout reprend, mais trop lentement, de sorte que nous allons continuer de subir les effets de l’épidémie pendant de longues semaines. Seul motif d’espoir dans cette grisaille : la tenue prochaine du second tour des élections municipales, qui nous permettra de sortir enfin d’un cycle électoral entamé bien plus tôt que d’habitude.


C’est donc un message d’alerte que nous avons fait passer – un message qui rend d’autant plus légitimes nos propositions de relance. J’ai été beaucoup interrogée sur « les mesures phares », « les actions prioritaires » de notre plan, mais je serais tentée de répondre que le sujet n’est pas là. Ce dont nous avons besoin, c’est d’abord d’un discours positif sur le neuf et sur la ville. Avant la crise, la diabolisation était à l’œuvre, et beaucoup ne parlaient déjà que de rénovation ; après la crise, est venue s’ajouter l’idée que « densité = promiscuité = contagion ». Je ne vois pas de futur président de métropole élu sur un programme ambitieux de construction, pas plus que je ne vois de nouveau PLUi en cohérence avec les besoins de constructibilité.


Bien sûr, encore plus qu’avant l’épidémie, les promoteurs qui veulent produire du logement doivent adapter leur offre, et proposer une ville différente, avec moins d’impact carbone, plus de biodiversité, plus d’écoute des usages, plus de numérique etc. Mais pour que cette ville post-covid sorte de terre, il faut bien la construire : on ne créera pas le futur cadre de vie des millenials en misant tout sur la rénovation des petites villes et l’explosion supposée du télétravail. Construire moins, c’est créer le risque de pénurie et de hausse des prix. Or une des conséquences durables du Covid, c’est la fragilisation économique des ménages. Penser la relance, c’est viser la ville durable, mais aussi la ville abordable.

 

Alexandra François-Cuxac

Présidente FPI France