Nationale

Editorial de la Présidente

La France doit garder ses 67 ans d’avance sur Google et Facebook

Récemment, les deux géants de la tech ont annoncé une contribution de 1 Md de dollars chacun à la résolution de la grave crise du logement qui touche la Californie. Aux Etats Unis, cette initiative a été saluée par certains, et critiquée par d’autres qui relèvent que la crise trouve aussi sa source dans … les salaires très élevés que la tech verse à des milliers de salariés, déséquilibrant ainsi le marché local.

Ce débat peut nous faire sourire en France, où les entreprises contribuent déjà et depuis 1953 à la politique du logement, via une cotisation patronale dite du « 1 % logement » - en réalité, aujourd’hui, une contribution de 0,45 % de la masse salariale gérée par une structure paritaire - Action logement - à la gouvernance de laquelle la FPI participe. Voilà ce qui s’appelle avoir un temps d’avance : nous étions disruptifs dès les années 50 !

Régulièrement, le « 1 % logement » est remis en question, mais l’Etat n’est encore jamais allé au bout de ses tentations de suppression, ou de prise de contrôle. Action logement a aujourd’hui atteint une forme d’équilibre, dans lequel l’Etat et les partenaires sociaux négocient l’emploi de la ressource, et où les actions qui bénéficient directement aux salariés (en particulier la réservation de logements sociaux que le 1 % subventionne) sont complétées par des actions plus en lien avec les objectifs généraux de l’Etat (la rénovation énergétique ou l’adaptation au vieillissement, par exemple).

Action logement est aujourd’hui un acteur important pour les promoteurs, qui lui cèdent en VEFA plus de la moitié de son offre neuve de logements sociaux, ou qui transformeront bientôt des bureaux en logements pour son compte. Nous ne pouvons donc qu’être inquiets des réflexions en cours sur un éventuel fléchage d’une partie des 0,45 % vers le financement des retraites : ce serait priver le secteur du logement d’une ressource clé, et priver les entreprises d’un service dont leurs salariés ont cruellement besoin dans un marché polarisé où les emplois se concentrent là où les logements sont les plus chers.

Espérons que nos décideurs sauront voir Action logement non pas seulement comme une ressource à capter, mais comme une réponse aux besoins des entreprises et des salariés. Gardons notre temps d’avance sur les géants de la tech !

Alexandra François-Cuxac

Présidente de la FPI France