Nationale

Editorial de la Présidente

Garder le cap de la qualité de vie

Dans une note parue récemment, le ministère de l’Economie rapproche deux chiffres frappants pour souligner leur déséquilibre apparent : entre 2010 et 2017, le nombre de logements (net des démolitions) a progressé de 370 000 unités par an, tandis que le nombre de ménages n’augmentait que de 240 000/an. Conclusion implicite : la France aurait produit 130 000 logements de trop chaque année, et alimenté le parc de résidences secondaires et la vacance. Ce raisonnement est contestable à trois égards :

  • Il mélange le logement collectif et le logement individuel, or c’est d’abord l’individuel qui génère ces déséquilibres ;
  • il ne tient pas compte de la géographie de cette offre neuve : si elle peut paraître excédentaire à l’échelle nationale, elle est en réalité insuffisante là où les besoins se concentrent, et dans le collectif. Si une production excède les besoins, c’est bien celle de pavillons en péri-urbain, qui créent de la vacance dans les centres villes ;
  • il ne valorise pas le gain en termes de confort et de qualité : si un ménage quitte un logement locatif pour accéder à la propriété dans un logement neuf plus performant, fût-ce au prix de la vacance, qui peut le lui reprocher ? C’est même écologiquement plus vertueux !

La nouvelle politique du logement a tendance à oublier ce très légitime besoin de qualité. Demain, le ZAN empêchera les ménages de construire leur maison et la rénovation à tout crin cherchera à les fixer en centre-ville. Mais qui se soucie de ce qu’ils souhaitent ? Même rénovés, beaucoup de logements de centres villes resteront exigus, mal orientés, mal agencés : pas sûr que les familles acceptent que la vertu climatique soit à ce prix ! 

Dès lors, quelle est la solution ? Recréer en ville ce que les ménages vont aujourd’hui chercher dans le péri-urbain, et pour cela, la qualité de vie et le confort du collectif neuf sont une réponse, à condition d’ajuster nos produits pour y faire plus de place à l’intimité et à la verdure.

C’est la raison pour laquelle je milite à la fois pour le collectif neuf dans les zones tendues et pour le collectif neuf ou assimilé (démolition-reconstruction, requalification, transformation etc.) dans les villes moyennes et le péri-urbain. On convaincra d’autant plus facilement les ménages de la nécessité de la vertu environnementale qu’elle ira de pair avec la vraie qualité de vie que nous saurons leur apporter.

Restera alors un défi à relever, de taille : celui du prix. Le prix moyen d’une maison neuve en France est de l’ordre de 250 000 euros, soit 120 m2 sur un terrain de 1000 m2 : pour le même prix, dans le collectif, un ménage peut aujourd’hui acheter un deux pièces en Ile de France, ou un trois pièces en région. Le choix est vite fait !

Résumons-nous : pour Bercy, il faut faire moins de pavillonnaire neuf en péri-urbain ; beaucoup de ménages risquent alors d’y perdre en qualité de vie et en pouvoir d’achat ; il faut donc leur proposer une alternative, et le collectif sera une réponse si nous parvenons collectivement à faire baisser nos coûts de production. Pour cela, simplifions, digitalisons et innovons !

Alexandra François-Cuxac

Présidente de la FPI France