Nationale

Editorial de la Présidente

Douches à l’italienne : « le traité du vain combat »

A l’issue de la dernière Conférence nationale du handicap, le Gouvernement a confirmé que tous les logements neufs devraient être équipés d’une douche « à l’italienne » : en rez-de-chaussée, à partir de juillet 2020 ; en étages, à partir de juillet 2021.

Depuis des mois, la FPI conteste la perspective de cette mesure et son calendrier. Fait remarquable, les autres maîtres d’ouvrage et tout le secteur de la construction ont fait de même. Elle appelle en effet quatre séries de critiques :

  • sur le plan technique, la douche à l’italienne génère des problèmes d’étanchéité, de sécurité et d’acoustique ;
  • sur le plan ergonomique, elle n’apporte qu’une réponse uniforme et imparfaite à la diversité des enjeux de l’accessibilité des personnes en situation de handicap et des personnes âgées ;
  • sur le plan financier, elle génère des surcoûts de construction et obligera les acquéreurs valides à supporter des coûts supplémentaires pour s’équiper d’une douche classique s’ils le souhaitent ;
  • sur le plan juridique, enfin, c’est l’exemple-même d’une « obligation de moyens », 1 mois seulement après l’ordonnance ESSOC qui devait les faire disparaître au profit des « obligations de résultat ». L’autodiscipline de l’Etat en matière de réglementation n’aura duré que quelques semaines …

Nul ne conteste évidemment la nécessité de faire progresser nos logements vers une plus grande accessibilité et un meilleur accompagnement du vieillissement. La FPI regrette cependant que la seule réponse apportée par l’Etat soit une norme générale imposée à tous, sans nuance en fonction des cas d’espèce, sans possibilité de choix pour les acquéreurs, ni délai pour trouver des solutions alternatives intelligentes. Il n’est d’ailleurs même pas sûr que l’Etat nous laisse la possibilité de proposer des « solutions d’effet équivalent », comme le CCH le permet pourtant désormais.  

Les douches à l’italienne ne se sont pas généralisées dans les logements collectifs parce qu’en étages, elles soulèvent des problèmes techniques avérés et créent des risques accrus de sinistre. Pourquoi, dès lors, les imposer pour chacun des 400 000 logements neufs construits chaque année ? Il aurait suffi de réserver l’obligation aux logements en rez-de-chaussée, et de laisser les maîtres d’ouvrage trouver des solutions au cas par cas pour les autres logements, pour tenir compte de la diversité des handicaps et des besoins.

Alexandra François-Cuxac

Présidente FPI France