Nationale

Editorial de la Présidente

Covid-19 - 2ème semaine de confinement

 

La 2ème semaine de confinement que nous venons de vivre aura été celle de la mesure des problèmes, et des premières actions.

Mesure des problèmes, parce que nous avons été successivement confrontés à toute une série de difficultés pratiques, qui sont autant de facteurs de paralysie pour nos entreprises : impossibilité pour nos clients (particuliers comme investisseurs) de se déplacer, absence d’acteurs clés (notaires, architectes etc.), fonctionnement en mode dégradé des banques ou des concessionnaires, paralysie des services municipaux etc.

A chacun de ces problèmes, la FPI cherche des solutions, avec les intéressés :

  • nous sommes en soutien des notaires pour faciliter le recours à la visioconférence,
  • nous sollicitons les grands clients institutionnels pour qu’ils assurent une forme de continuité des opérations (cf. la réponse de soutien du Président d’Action Logement Groupe),
  • nous interagissons avec les banques spécialisées pour assurer l’accès des promoteurs aux prêts garantis par l’Etat, etc.


Mais même dans ce contexte d’urgence – et surtout dans ce contexte d’urgence – il faut rester vigilants sur le fond.

Deux exemples :

  • le projet de « Guide des bonnes pratiques » de l’OPPBTP, qui doit définir les conditions du retour des entreprises du BTP sur les chantiers : les premières versions, rédigées sans aucune consultation des maîtres d’ouvrage, comportaient des dispositions qui nous transféraient des responsabilités qui ne sont pas les nôtres. Nous avons saisi les ministres concernés, pour que le Guide apporte des réponses plutôt que des occasions supplémentaires de contentieux
  • les ordonnances résultant de la loi d’urgence sanitaire, en particulier celle qui traite les délais administratifs. Malgré toutes nos alertes, les textes parus cette semaine dégradent les conditions de la future reprise d’activité, en reportant dans le temps la délivrance des permis et en desserrant les délais de recours, en particulier pour les projets déjà lancés. Ce sera un des dossiers chauds de la semaine à venir.

Pendant cette troisième semaine, « la poussière va continuer de retomber » et l’ampleur des problèmes apparaître encore plus évidemment – avec à la clé un besoin accru de mesures d’exception.

L’exemple du Guide de l’OPPBTP montre que le plus difficile, paradoxalement, sera moins de fonctionner en confinement que de reprendre l’activité dans la foulée. Définir des conditions de travail drastiques pour des chantiers urgents est une chose, définir les conditions du retour de plus de 2 millions de salariés du BTP vers des milliers de chantiers en est un autre, alors que le virus circulera toujours.

On parle beaucoup de « plan Marshall » pour renouer avec la croissance. Nous en aurons évidemment besoin, car le bâtiment est un levier essentiel des politiques de relance. D’ores et déjà, l’annonce d’achats en bloc massifs de CDC Habitat (40 000 logements) et In’Li (10 000 logements) s’inscrivent dans cette logique : des acquisitions massives telles celles que nous avions connues en 2008 et qui, même si les stocks ne sont pas très importants, vont donner de l’oxygène à la profession, compenser la chute brutale des réservations des ménages et accélérer la reprise des programmes le moment venu.

 

Mais à très court terme, je crois surtout au besoin d’un « chantier de la reprise » (après le débat sur « la reprise des chantiers »), fait de mesures opérationnelles, pratiques, simples et urgentes, tournées vers la libération de l’offre : relancer rapidement l’activité des services instructeurs, désengorger les études des notaires en privilégiant les opérations neuves, prioriser le traitement des recours contre les autorisations d’urbanisme, accélérer le traitement des transactions dans les services fiscaux, mettre entre parenthèses la surenchère réglementaire et documentaire de l’Etat et des collectivités locales, etc.

En sortie de confinement, nous retrouverons les mêmes problèmes qu’avant, mais démultipliés, c’est pourquoi nous proposons à l’Etat d’utiliser les instances multidisciplinaires comme le CSCEE pour construire des propositions collégiales et partagées. Dans un secteur comme l’immobilier, qui forme une chaîne continue de responsabilités, « siloter, c’est échouer ».

Cette crise nous donnait l’occasion de mettre de côté les habituels rapports de force qui traversent notre secteur. C’est une occasion manquée pour le moment, mais j’ai la conviction que l’ampleur de la crise qui s’annonce est telle que nous ne pourrons pas faire l’économie d’un vrai travail collaboratif. A condition de sortir des postures …

Bon courage à tous pour cette troisième semaine. Prenez soin de vos proches et de vos équipes, et gardez la foi dans l’avenir sans laquelle vous ne seriez pas promoteurs !


 

Alexandra François-Cuxac

Présidente de la FPI France