Nationale

Editorial de la Présidente

100 000 logements perdus !

 

Les statistiques de l’Etat à fin août 2020 montrent clairement l’impact de la crise Covid : sur les 12 derniers mois, par rapport aux 12 mois précédents, nous avons perdu plus de 50 000 logements autorisés, dont 40 000 logements collectifs. Pendant l’été, on a même dénombré plus de mises en chantiers que de permis de construire, une situation totalement atypique qui montre que le rattrapage est engagé sur les chantiers, mais pas encore dans les mairies.

La tendance est encore plus frappante en remontant légèrement dans le temps, jusque mi 2017. Il y a trois ans, en effet, 500 000 logements étaient autorisés sur 12 mois, contre 400 000 aujourd’hui. Les 100 000 logements perdus, nous y sommes donc déjà ! Or 100 000 logements de moins, c’est une perte de l’ordre de 5 Md€ de TVA, et 200 000 emplois menacés – plus que ce que le Gouvernement espère créer avec le plan de relance. Nous sommes en train de perdre un fleuron de notre économie, car la France fait figure de champion de la construction au sein de l’OCDE : par comparaison, en 2019, les USA n’ont livré que 1,2 M de logements, l’Allemagne 290 000, la Grande-Bretagne 190 000.

Les statistiques montrent que la construction a commencé à ralentir longtemps avant l’épidémie, probablement à cause du cycle électoral, mais aussi parce que, à bas bruit, la France glisse lentement vers un modèle plus malthusien. La construction est mal considérée par des pouvoirs publics, notamment locaux, qui mettent en avant la protection des sols et de rénovation de l’existant. Le logement neuf est d’ailleurs presque absent du plan de relance. A plus long terme, la stratégie nationale bas carbone (SNBC) table même explicitement sur une division par deux de la production de logements en 2050.

Or les besoins sont toujours là : le déficit des années 80 et 90, quand nous ne produisions que 320 000 logements par an en moyenne, n’est pas encore résorbé, le nombre des ménages augmente et leur taille se réduit, parce notre population croît, vieillit et se déplace vers les métropoles. Le risque est donc réel d’aggraver la pénurie, de rendre le logement moins accessible et de condamner un pan entier de l’économie (non délocalisable) à la crise.

Il n’est pas trop tard pour nous ressaisir. Pour cela, il faut agir suivant deux axes, qui seront nos priorités des prochaines semaines :

Côté offre, il faut débloquer la délivrance des PC, donc vaincre les réticences des maires. Pour cela, il faut combiner un discours politique volontariste au plus haut niveau, qui redonne sa légitimité à la construction, et un renforcement de l’aide budgétaire aux maires bâtisseurs du plan de relance, trop modeste (350 M€ contre 6,5 Md€ pour les aides à la rénovation). Pour convaincre les maires et leurs électeurs, notre discours ne doit pas être quantitatif (« construire pour croître ») mais qualitatif (« le neuf permet de faire rapidement la ville durable »).

Côté demande, il faut proroger les aides de l’Etat (Pinel et PTZ) et les renforcer pour les opérations exemplaires, en particulier sur le plan environnemental où le neuf est déjà très performant.

 

Alexandra François-Cuxac

Présidente de la FPI France